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Pourquoi une reconversion en maraîcher bio ?

December 12, 2017

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Journal de bord #9 Un an plus tard...

December 15, 2019

 

 

 

Presque un an déjà depuis mon dernier article !

Le temps file à toute allure dans ce métier, c'est peut-être lié au fait que les journées sont bien remplies, même si, de Novembre à Janvier, le temps ralentit un peu pour nous, maraîchers.  Et nous en profitons ainsi pour organiser l'année à venir, grâce à l’expérience accumulée, bonne comme mauvaise, mais aussi et surtout, se reposer au mieux avant le prochain réveil printanier.

 

La Fin des grands travaux...?

Le plus officiel et satisfaisant cette année, c'est que le gros de l'installation est ter-mi-née. L'hiver dernier, ce furent 600 mètres de clôtures qui ont été posés, afin d'empêcher lapins, cerfs, chevreuils, sanglier et vilains curieux de ravager les cultures. Les pluies de cette période m'ont poussé à creuser un long fossé entre mes serre afin d'empêcher la stagnation d'eau dans celle-ci lors de longues périodes humides.

Puis ce fut le tour du montage de la troisième serre. Bâchée mi-Juin puis aussitôt plantée en légumes d'été pour assurer la saison chaude. Je remercie d'ailleurs sincèrement la fidèle troupe qui est venue m'aider à certains moments clés. Cette aide des voisins et amis fait toujours chaud au cœur et montre à quel point les personnes peuvent être là pour leurs égaux. Je salue également les trois stagiaires de cette année, d'excellentes rencontres humainement, et j’espère sincèrement que mon partage est à la hauteur de l'aide qu'ils m'ont fait bénéficier.

 Un outil bien utile pour clôturer ou recreuser les fossés...Devenir maraîcher passe aussi par piloter ce genre de truc.

 

Cette fin de saison, j'ai pu construire une petite pièce de stockage isolée et chauffée pour les courges, afin qu'elles se conservent mieux et plus longtemps. Tout cela dans un bâtiment acquis en début d'année, à 100 mètres de mon lieu de production. Bâtiment dans lequel j'espère pouvoir m'installer, après moult et moult travaux de réfection, afin de vivre sur place, ma famille et moi, au plus près de la ferme, avec tous les avantages que cela m'apportera à terme.

 

 La salle de distribution, aménagée avec les moyens du bord, en mode écomusée.

 

Et voilà, les outils de production sont tous en place, "y'a plus qu'à" comme on dit !

Et c'est ce qui c'est passé... L'an dernier à cette période, je fournissais une grosse vingtaine de paniers  par semaine,et depuis le mois de Mai, c'est plus d'une cinquantaine ! 

Alors il reste plein de petits trucs à faire un peu partout, je pense à creuser et recreuser les fossés, préparer un abris pour les tracteurs, monter une petite serre à semis, faire des petits ponts, des portails... Mais le plus important est là, et le travail peut déjà se faire de manière plus confortable.

 

Le jardin des plumes.

L'environnement de la ferme des équinoxes s'est vue accueillir ses premiers animaux cette année. C'est Sandra, qui s'est installée sur une partie des parcelles où elle élève 120 poules pondeuses d'un coté ( le double d'ici l'an prochain) et des légumes bio de l'autre. Ses délicieux œufs bio sont venus compléter certains paniers de légumes et vont alimenter quelques AMAP locales. Aujourd'hui, les poulettes du "Jardin des plumes" produisent plus de 90 œufs bio quotidiens dans des conditions de rêves, au milieu de chênes centenaires.

 

 

Son installation est en cours, le montage de sa serre avance bien, et sa production de légumes sera effective pour l'an prochain. 

Evidemment l'entraide est de mise entre nous, autant en terme de "coup de main" que de prêts d'outils. C'est comme ça que nous voyons l'agriculture de demain : par l'entraide et la mutualisation des moyens de production.

 

Bilan de l'année : Sols, techniques et cultures.

J'ai clairement réalisé que cette première année a été cruciale pour tout un tas d'expérience. Je me suis vu produire dans des quantités qui approchent celles nécessaires à ma viabilité, et aujourd'hui, il me faut prendre le recul nécessaire avec cette acquisition d’expérience, pour organiser et prévoir l'année prochaine.

 

D'abord j'apprends à connaître mon sol, sa sécheresse en été , sa saturation d'eau aux autres saisons, sa légèreté, son acidité, sa vitesse d'enherbement, sa réaction en fonction du travail que j'applique.

Par exemple, J'ai décidé de planter sur buttes dès l'an prochain toutes cultures qui ne sont pas récoltées en été, y compris dans les serres. La pluviométrie du mois de Novembre et Décembre a montré les limites de ce que peut absorber le terrain, et les plantes en souffrent quand elles ne se noient pas. Et oui, les racines ont besoin de respirer aussi !!

 Un panier d'Automne

 

 

J’essaie de bannir au maximum le travail au rotavator qui a tendance à transformer les mottes en sable et créer une semelle à 20cm de profondeur. Je lui préfère le cultivateur qui décompacte le sol et l'aère sans tout retourner. Puis alors utiliser une herse rotative qui ne mélange pas les différents horizons mais permets d'ameublir et de répartir l'amendement dans le sol. Planter au cordeau afin de faciliter le désherbage avec des outils (mécanisé ou non). Le temps gagné est bêtement incroyable. Privilégier le désherbage thermique sur les carottes ! Et pratiquer le faux semis. Là aussi, le temps perdu en amont sera fortement récupéré en aval. 

 

Les ravageurs étaient évidemment de la partie. La majorité est gérée de manière mécanique via des filets. Pour certains d'entre eux, comme les doryphores, j'ai dû utiliser un insecticide (utilisable en bio, donc non rémanent dans le sol et les eaux), ce qui oblige une rigueur absolue du moment de traitement et de sa localisation afin de ne pas toucher d'autres espèce que celles visées. Ce n'est jamais un bon moment que de manipuler du poison, mais parfois la pression du ravageur est telle qu'on ne peut y échapper.Cette année fut également le début d'un travail sur les purins. Leurs qualités sont incroyables, j'utilise un mélange de fougère, ortie et consoude, qui est très bon dans la prévention contre certaines maladies, notamment le mildiou, la fougère est aussi très insectifuge. Je me sers d'un système venturi qui permet d'envoyer le mélange de purins directement dans l'arrosage.

 

 Récolte de belles tomates cet été.

 

J'ai mis en place un ordre de rotation sur 6 ans des parcelles par famille, c'est d'ailleurs un des préceptes fondamentaux du bio. C'est nécessaire pour éviter la consommation des mêmes minéraux par les plantes, ainsi que pour éviter l'implantation de maladies ou ravageurs au même endroit. A partir de l'an prochain, une rotation sur 3 ans pourra aussi être mise en place dans les serres !

 

En terme d'espace, 80% des parcelles ont été cultivées cette année, je laisse 20% en jachère tous les ans.

Le pelon résilient (les restes de prairies) de l'an passé est enfin digéré, ce qui a permis une reprise des plants bien plus rapide, et une irrigation bien plus efficace ! Reste beaucoup de taupins !! Certaines parcelles en sont infestées.

La récolte de pomme de terre fut d'ailleurs un moment très pénible. C'est pas moins de 9 pommes de terre sur 10 qui ont été mises au rebut, dévorées par le petit vers fil de fer (ainsi que par des troupeaux de vils rongeurs). Dur constat même si cet échec me permets de faire un tri dans les variétés qui sont les mieux adaptées dans mon sol !

Même problème sur les patates douces, et pire encore, les taupins sont les initiateurs de la longue série noire des attaques de salades. C'est plus d'un millier de salades qui ont été plantées cette années. Pour la plupart elles ne sont pas arrivées au bout de leur croissance. Le taupin leur ronge la racine, puis les salades déclinent et sèchent très vite. Triste bilan qu'un maraîcher ne puisse fournir de salades régulièrement. Pourtant ce n'est pas faute de chercher des solutions. 

D'après les collègues, la population de taupins s'effondre rapidement quand le sol est travaillé, il est donc normal d'avoir une grande quantité d'individu lors d'une première culture sur une parcelle. Reste que l'an prochain, je pense utiliser un amendement à base de tourteaux de ricin qui devraient les repousser. 

 Les courges ont produit une mer de feuilles, littéralement.

 

Concernant les autres légumes, pour la plupart ce fût une agréable réussite.

Pour les principaux :

- De manière inattendue, les oignons ont superbement grossi dès la fin des pluies printanières alors qu'ils avaient un feuillage jaunâtre qui laissait dubitatif quant à leur avenir. La récolte fut exaltante avec quelques spécimens de belle taille pour une première culture à Ludeye.

- Les légumes d'été ont été à la hauteur de mes attentes, peu ou pas de mildiou sur les tomates, des aubergines, courgettes et poivrons productifs et goûteux.

- Les courges furent la culture la plus réussie, le semis direct semble être la meilleur façon d'avoir des plantes solides et productives. Je pense en avoir récolté environ 2 tonnes en Septembre-Octobre.

- Les choux, malgré la sécheresse de cet été, ont pu voir leur croissance se faire comme il fallait grâce à l'irrigation, nous offrant ainsi, pour la plupart, des légumes sacrément volumineux . Petit bémol sur les choux-fleurs, romanesco, brocolis, qui n'ont formé que de minuscules bouquets alors que la plante était imposante. Peut-être devrais je revoir mes variétés.

- Les poireaux en demi-mesure... Incompréhension notoire sur l'irrégularité des plants, certains sont géants, d'autres aussi fin qu'un stylo. Certaines variétés ont l'air plus intéressantes à ce niveau, l'an prochain sera très certainement plus satisfaisant.

- Les carottes... Encore une année difficile pour celles-ci. Au moment des semis les températures sont montées au delà des des 35 °C faisant griller les semences dans le sol, malgré l'arrosage les hautes températures ont eu raison d'une grosse partie de celles-ci. J'avais pourtant prévu de grandes quantités, et comme les poireaux, l'irrégularité de leur croissance reste un mystère. J'ai donc fait un second semis trois semaine plus tard, mais le retard pris n'a engendré que de petites racines. La carotte est un des plus dur, voir le plus difficile des légumes à produire, et encore une fois, elle est à la hauteur de sa réputation.

 Et encore, tout ne rentrait pas dans les étagères...

 

Beaucoup d'enseignement cette année sur l'organisation de l'année prochaine, et c'est presque fébrilement que j'organise mon planning de culture 2020 avec des variétés plus adaptées et des décisions en connaissance de causes !

 

Climat et intempéries.

 

Nous sortons juste de la deuxième tempête de l'automne, et je touche du bois car mes serres sont encore en place, en bon état, et le peu de dégâts sont minimes et réparables. Et ce n'est pas le cas de beaucoup de mes collègues !

A chaque fois que le vent souffle fort, ou que les précipitations s'accumulent dangereusement, on réalise à quel point nous ne contrôlons pas tout dans ce métier, nous apprenons l'humilité face à la nature.

Comme tous les ans ces dernières années, nous sommes dans une année "particulière". Longue période de sécheresse et canicule cet été (-40% des précipitation au mois d'Août par rapport à la moyenne des 20 dernières années), deux tempêtes cet automne, et surtout un temps nuageux depuis 3 mois et des précipitations incroyables et sans fin ! -40% d'ensoleillement en Novembre et +140% de précipitations par rapport à la moyenne des 20 dernières années ! 

Oui mais voilà, les légumes ont besoin de soleil pour pousser, même sous serre. Tout est au ralenti, et les sols saturés d'eau font jaunir les feuilles. Les plantes se noient à petit feu...

C'est avec beaucoup de doute et d'appréhension que je vais rentrer dans la nouvelle année, car si le soleil ne montre pas le bout de son rayon, il y aura quelques distributions de paniers de légumes qui vont sauter.

 Une embauche comme je les aime pas beaucoup !

 L'importance d'aménager ses serres pas loin d'un fossé pour y creuser des canaux de vidange.

 

Alors du mieux qu'on peut, on creuse des canaux d'évacuation, on lance des grands coups de houe dans les fossés pour que tout s'évacue plus vite et stagne moins. Le métier de maraîcher pourtant plus tranquille en cette période se transforme en ingénierie de ponts et chaussées. En rentrant de mes journées, trempé jusqu'au sous-vêtement, fourbu et plein de boue, je réalise aussi qu'entreprendre dans le maraîchage, c'est vraiment l'aventure, des activités multiples et inattendues. 

 

Soutiens, médias et gloriole.

 

Faisant mon apparition dans le paysage agricole local, me voilà propulsé par quelques journalistes devant les écrans ou les micros. Sans forcément chercher à faire de la publicité pour mon entreprise, je prends plutôt ça comme une prêche de bonne parole où j'explique ma vision du monde agricole en devenir, de la transition qui doit se faire, de l'importance de l'indépendance légumière...

C'est pourquoi j'ai eu l'honneur d'être choisi par le Parc Naturel Régional du Médoc fraîchement créée pour faire partie de ses ambassadeurs. Vous retrouverez l'interview audio ici.

J'ai également été contacté par France3 pour faire une vidéo web et un article que vous retrouverez par ici

 

 

Et la rentabilité du bousin au final ?

 

Bah oui, hein ! On fait pas ce dur métier que pour le plaisir, y'a un moment faut qu'il nous permette d'en vivre.

En s'installant en tant que Jeune Agriculteur, on fait un prévisionnel béton avec des chiffres clairs qui sont sensés nous montrer la voie de l'économie et de la comptabilité de notre entreprise.

En vérité, dans la vraie vie, rien ne va comme prévu ! Parfois on se retrouve avec des charges pas prévues (un véhicule qu'il faut changer ou une panne de tracteur), puis avec des rendements complètement foireux sur certains légumes qui nous laissent présager un suivi difficile du prévisionnel. Mais d'un autre coté je me suis permis de prendre des contrats supplémentaires de paniers, une quinzaine de plus que prévu, et planter certains légumes dans des proportions plus importantes, et ainsi produire un surplus que je peux vendre à un revendeur local (D'ailleurs allez au petit local à St Laurent, ça vaut le coup !). Et PAF ! Je rentre dans les clous. Et cerise sur le chapeau, depuis que j'ai passé la cinquantaine de clients, je pourrais me verser pas loin de 1000€ par mois si pas d'incident majeur. Un bon début.

Aujourd'hui, je dois faire le point sur la valeur moyenne véritable des paniers qui est de plus de 16€ alors qu'il est vendu 14€. Ainsi l'an prochain, je le passerai à 15€ afin de m'en rapprocher au maximum. Je devrais également ajouter de nouveaux contrats à compter du printemps. Le but étant de viser les 1500€ nets par mois, ce qui me paraît plus décent.

 

 C'est gratuit, une jolie photo de Salamandre prise dans les parcelles. Preuve que le coin est épargné par la pollution !

 

Merci à vous et de votre interêt si vous avez tenu jusque là.

Je vous souhaite à tous, de bonnes fêtes de fin d'année.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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